Installée au cœur du Pays d’Ancenis, l’entreprise Les Harpes Camac recèle bien des trésors. Nous avons pu pousser les portes de l’unique facteur de harpes classiques en France pour en découvrir les coulisses. Reportage en images.

Pour arriver jusqu’à l’entreprise Les Harpes Camac, il faut suivre la direction de Mouzeil, une petite commune du Pays d’Ancenis et se fier aux panneaux. Une fois devant, si l’extérieur ne paie pas de mine, l’intérieur en revanche cache bien des merveilles !

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En poussant les portes, nous sommes accueillis par Jakez François, le président des Harpes Camac depuis 2000. Il nous guide le long d’un couloir orné des portraits Harcourt des plus grands harpistes- parmi eux, on reconnait Marie-Claire Jamet, la marraine du festival Harpes au Max -, jusqu’à une salle d’exposition. Sur une estrade et tout un côté de la pièce trônent des harpes, majestueuses. Jakez François entame alors une présentation de l’histoire de l’instrument et de l’entreprise.

Si Les Harpes Camac sont créées le 1er avril 1972 par Joël et Gérard Garnier, la harpe est un instrument ancestral, dont il est presque impossible d’identifier l’origine. Les hommes préhistoriques auraient inventé son ancêtre en cherchant à amplifier par des calebasses le son de la vibration des cordes de leurs arcs. En France, la reine Marie-Antoinette, harpiste, contribue au succès de l’instrument. La harpe à pédales – ou moderne – apparait en 1812.  Ce n’est qu’au 20e siècle que le nombre de cordes composant la harpe classique est fixe : 47 cordes !

cordes harpes camac

Jakez François nous décrit ensuite les différentes parties d’une harpe : la console, d’abord, sur laquelle on trouve la mécanique, la caisse de résonnances, ensuite, qui amplifie la vibration des cordes, habillée de la table d’harmonie, puis la colonne pour relier ces deux parties. Enfin, les cordes, sans qui la harpe ne résonnerait pas. Celles-ci sont fabriquées en acier pour les plus épaisses – qui donnent les notes les plus basses, en boyau de bœuf et en nylon pour les plus fines.

Bois harpes Camac

Après cette entrée en matière des plus riches, direction l’entrepôt de bois, là où tout commence. D’immenses troncs, quasiment entiers, sont rangés, en alternance avec des planches déjà travaillées. Impressionnant ! Jakez François conte ici avec passion le choix du plus beau bois pour construire ses harpes. Celui soigneusement sélectionné au cœur des forêts autrichiennes, sur les hauteurs, là où les arbres poussent très lentement. On trouve de l’érable en grande quantité, choisi pour son esthétique. Il constitue la majeure partie de la harpe. Teinté ou laissé naturel, il est parfois décoré à la feuille d’or. On y trouve également de l’épicéa, composant les tables d’harmonie, réputé pour sa résonnance. Une harpe est composée d’une cinquantaine de pièces de bois.

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De retour dans le bâtiment principal, nous nous laissons envelopper par la forte odeur de copeaux de bois qui règne. Nous voici dans la menuiserie, entourés de tout l’équipement classique. Dans cette pièce, petit à petit, les blocs de bois prennent forme, là une console, là le haut d’une colonne…

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Au fond, on aperçoit une étrange machine. Pilotée par ordinateur, elle est capable de percer, de découper et de graver avec une précision infime. Nous assistons à l’inscription du nom de la harpe sur le bois.

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En quittant la menuiserie, on croise sur le chemin quelques consoles attendant d’être équipées par les mécaniciens, des caisses de résonnance suspendues pour sécher entre deux couches de vernis. Nous arrivons dans une pièce où sont entreposées, puis assemblées, les différentes parties de l’instrument. Des étaux bien serrés maintiennent le tout en attendant que la colle sèche. Certaines parties sont décorées finement : les Harpes Camac travaillent avec un artiste local, un peintre de Champtoceaux.

caisses de résonnance harpes étaux tables d'harmonie harpes Camac

Une fois assemblé, l’instrument doit être verni. C’est une étape qui peut durer très longtemps. Une harpe reçoit au moins cinq couches de vernis, mais pour certains modèles, cela monte jusqu’à vingt. Les étapes vernis – séchage – ponçage – vernis – séchage… se succèdent pendant un à trois mois, parfois plus. La dernière couche est la plus minutieuse : aucune particule de poussière ne doit rester. Le vernissage s’opère dans une pièce fermée et isolée, où nul autre que le « vernisseur » n’a droit de passage.

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La visite se termine par l’atelier de montage des pièces de la console, près de 2000 ! Quand toutes les parties de la harpe sont assemblées, il faut passer à la mise sous tension et à la mise au diapason, pour atteindre une sonorité « à la française ». Unique facteur de harpes classiques, l’entreprise fabrique aussi, à la commande, des harpes en fibre de carbone, extrêmement légères. Autre force de l’entreprise : son excellent service après-vente, partout dans le monde.

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Après avoir fêté son 40e anniversaire lors d’un festival à Ancenis en 2012, l’entreprise Les Harpes Camac s’apprête à renouveler l’expérience musicale et s’associe pleinement à Harpes au Max, en mai. Rendez-vous est pris pour vibrer avec les harpes.